La Sardaigne se randonne toute l’année, mais ses plus beaux sentiers longent le Golfe d’Orosei et le Supramonte, sur la côte est. Falaises calcaires plongeant dans une mer turquoise, canyons profonds, criques accessibles seulement à pied et vestiges nuragiques oubliés : voici les treks à connaître et la façon de les préparer sans mauvaise surprise.
L’île déroule un relief bien plus sauvage que sa réputation balnéaire ne le laisse croire. Derrière les plages de carte postale, un arrière-pays calcaire concentre certaines des marches les plus spectaculaires de Méditerranée. Le choix dépend de votre niveau et de la durée dont vous disposez.
La randonnée en Sardaigne vaut-elle le détour ?
Oui, et pour une raison simple : nulle part ailleurs en Italie la montagne ne tombe aussi brutalement dans la mer. Le Golfe d’Orosei aligne des falaises verticales, des grottes marines et des plages inaccessibles par la route, que seul le sentier ou le bateau permet d’atteindre.
La diversité surprend. Vous marchez le matin dans un canyon de 500 mètres de profondeur, l’un des plus profonds d’Europe selon SardegnaTurismo, et vous terminez l’après-midi les pieds dans une eau translucide. Trois grands terrains structurent la pratique :
- Le littoral de l’Ogliastra et du Golfe d’Orosei, royaume des criques et des falaises.
- Le Supramonte calcaire, entre canyons, dolines et villages préhistoriques.
- La Gallura au nord, ses chaos de granit rose et ses caps battus par le vent.
Chaque secteur possède son ambiance et son niveau de difficulté. Un randonneur débutant y trouvera des balades côtières faciles, un montagnard aguerri des traversées engagées de plusieurs jours.
Quand partir randonner en Sardaigne
Le printemps et l’automne surclassent l’été pour la marche. D’avril à juin puis de septembre à octobre, les températures oscillent entre 18 et 25 °C, une fourchette idéale pour l’effort. En juillet et août, le thermomètre grimpe jusqu’à 35 °C sur les sentiers de l’intérieur, ce qui rend les longues distances éprouvantes et parfois dangereuses.
Le maquis fleurit de fin mars à mai, un spectacle de romarin, de cistes et de lavande sauvage qui accompagne les premières sorties. L’automne, lui, offre une mer encore chaude autour de 22 °C après l’été, parfaite pour terminer une randonnée par une baignade. Pour caler précisément vos dates selon le climat et l’affluence, notre guide sur la meilleure période pour aller en Sardaigne détaille chaque mois.
Un point de vigilance : les sentiers engagés du Supramonte se ferment de fait au cœur de l’été. La chaleur y transforme une belle marche en épreuve. Réservez ces itinéraires aux ailes de saison.
Le Golfe d’Orosei : les criques qui se méritent à pied
C’est le décor emblématique de la randonnée en Sardaigne. Entre Cala Gonone au nord et Santa Maria Navarrese au sud, une trentaine de kilomètres de côte n’ont ni route ni village, seulement des sentiers taillés au-dessus du vide et des plages nichées entre les falaises.
Cala Goloritzé, l’aiguille de 143 mètres
Née d’un éboulement en 1962, Cala Goloritzé est devenue l’image même de l’île. Son aiguille calcaire, le Monte Caroddi, dresse 143 mètres de roche au-dessus de la crique et attire les grimpeurs du monde entier. La Région de Sardaigne l’a classée monument naturel en 1993, puis monument national italien en 1995.
Le sentier part du plateau du Golgo, au-dessus de Baunei, et descend jusqu’à la plage en environ 1 h 30. Comptez autant pour la remontée. L’accès est réglementé : 250 visiteurs par jour maximum et un droit d’entrée de 7 € en saison, selon la Région de Sardaigne. Partez tôt, le parcours n’offre aucune ombre.
Cala Luna depuis Cala Fuili
Plus accessible, la marche vers Cala Luna séduit les randonneurs de niveau moyen. Depuis Cala Fuili, près de Cala Gonone, comptez 3 à 4 heures pour parcourir les 7 kilomètres jusqu’à la plage, sur un sentier isolé sans point d’eau. La récompense : une longue plage bordée de grottes, l’une des plus belles du Golfe d’Orosei.
L’itinéraire alterne portions étroites et passages plus larges, avec une montée raide en deux temps. Beaucoup de marcheurs choisissent le retour en bateau depuis Cala Gonone, une façon confortable de boucler la journée sans refaire le dénivelé en sens inverse.
Le Selvaggio Blu, le trek le plus dur d’Italie
Réputé pour être l’itinéraire de randonnée le plus exigeant du pays, le Selvaggio Blu longe le Golfe d’Orosei sur 45 kilomètres, de Santa Maria Navarrese à Cala Sisine. Le Club Alpin Suisse résume la difficulté en chiffres : 4 000 mètres de dénivelé cumulé, une dizaine de rappels de 10 à 45 mètres et des passages d’escalade facile équipés de mains courantes.
Ce n’est pas une randonnée classique. L’aventure dure cinq à sept jours en autonomie complète, sans eau ni ravitaillement sur le parcours. Un guide local, facturé 800 à 1 200 € par personne pour la semaine, reste vivement conseillé pour une première. Corde de 40 mètres, matériel de rappel et traces GPX ne sont pas négociables.
Le Supramonte : canyons profonds et villages oubliés
À l’intérieur des terres, le Supramonte déploie un décor minéral qui n’a rien de méditerranéen. Ce massif calcaire percé de gorges et de grottes abrite deux merveilles que la marche seule révèle.
La gorge de Su Gorropu
Creusée par le rio Flumineddu entre Orgosolo et Urzulei, la gorge de Su Gorropu compte parmi les plus profondes d’Europe, avec des parois atteignant 500 mètres, selon SardegnaTurismo. Par endroits, la faille se resserre à quatre mètres de large seulement, écrasée entre des murs de roche vertigineux.
Deux accès principaux mènent au fond du canyon :
- Depuis le col de Genna Silana, sur la route entre Dorgali et Urzulei : environ 4 kilomètres de descente et 650 mètres de dénivelé négatif, à remonter au retour.
- Depuis la vallée de l’Oddoene, près de Dorgali : deux heures de marche après le pont de s’Abba Arva, sur un parcours plus roulant.
L’entrée dans la gorge est payante, autour de 5 € selon les relevés récents. Le fond réserve un chaos de blocs polis où la progression devient ludique, entre passages d’escalade légère et vasques d’eau claire.
Le village nuragique de Tiscali
Perché dans une doline effondrée au sommet du mont Tiscali, ce village préhistorique se cache au centre d’un cratère naturel envahi par la végétation. Les archéologues y ont dénombré environ 70 huttes rondes et rectangulaires, occupées du XVe au VIIIe siècle avant notre ère puis réinvesties à l’époque romaine, d’après le site officiel du tourisme sarde.
Rejoindre Tiscali demande environ deux heures de marche exigeante depuis la vallée de Lanaittu, sur un sentier balisé mais parfois raide. L’arrivée frappe : la lumière tombe par la brèche du plafond effondré sur les ruines silencieuses. Un guide local aide à décrypter le site et à ne pas perdre le fil des sentiers de chèvres.
Le Nord et la Gallura : le pays du granit
Changement total de géologie au nord de l’île. Ici, le calcaire cède la place au granit rose et blanc, sculpté par le vent en formes fantastiques. La Gallura offre des marches plus courtes, idéales pour une demi-journée entre deux plages.
Au bout du promontoire de Capo Testa, à 4 kilomètres de Santa Teresa Gallura, la Valle della Luna doit son nom lunaire à une communauté hippie installée là dans les années 1960. Le circuit serpente entre d’énormes blocs arrondis, des criques d’eau claire, d’anciennes carrières et un phare battu par les embruns. Le sentier reste court et accessible, une vingtaine de minutes suffisent pour rejoindre les rochers les plus photogéniques.
Cette partie de l’île se prête bien à un séjour combinant marche et baignade. Pour choisir votre secteur de villégiature, notre comparatif de la plus belle partie de la Sardaigne aide à trancher entre nord granitique et est calcaire.
Randonner en famille : les sentiers accessibles
Toutes les marches sardes ne réclament pas corde et rappel. Plusieurs itinéraires courts conviennent aux enfants et aux débutants, à condition de partir bien équipés en eau.
- La descente vers Cala Fuili, près de Cala Gonone, une trentaine de minutes sur terrain roulant.
- La boucle de la Valle della Luna au Capo Testa, entre les blocs de granit.
- Les abords du plateau du Golgo, à Baunei, ponctués de bergeries et de points de vue.
- Le belvédère sur la vallée du Gennargentu, accessible sans difficulté technique.
Ces balades offrent un premier contact avec les paysages de l’île sans exposer les plus jeunes au vide ni à la chaleur des grands treks. Après l’effort, cap sur les criques : notre sélection des plus belles plages de Sardaigne recense celles qui se prolongent d’une baignade méritée.
Bien s’équiper : eau, chaussures et cartes
La marche en Sardaigne exige une préparation sérieuse, y compris sur des distances modestes. Le climat sec, l’absence de sources et le soleil intense transforment vite une balade mal préparée en galère. Trois règles reviennent chez tous les guides locaux.
D’abord l’eau. Les sentiers côtiers du Golfe d’Orosei et les gorges du Supramonte ne proposent aucun ravitaillement. Emportez au moins deux litres par personne pour une demi-journée, davantage l’été. Ensuite les chaussures : le calcaire poli glisse et coupe, des semelles crantées et montantes protègent les chevilles sur les passages accidentés.
Enfin la navigation. Beaucoup de tracés du Supramonte restent mal balisés et se confondent avec les sentiers de bétail. Une carte, une trace GPX chargée hors ligne et un départ matinal réduisent le risque de se perdre. Sur les itinéraires engagés comme le Selvaggio Blu ou l’accès à Tiscali, un guide diplômé reste la solution la plus sûre.
Organiser son séjour randonnée
Le meilleur camp de base dépend du secteur visé. Pour le Golfe d’Orosei et le Supramonte, Cala Gonone, Dorgali et Baunei placent les grands sentiers à moins d’une heure de route. Pour la Gallura, Santa Teresa ou Palau ouvrent les caps du nord et l’archipel de La Maddalena.
La voiture de location reste quasi indispensable : les départs de sentier se nichent souvent au bout de pistes sans transport public. Pour comparer les options d’hébergement selon votre itinéraire, consultez notre guide sur où se loger en Sardaigne, qui détaille les zones les mieux placées.
Côté budget et logistique d’arrivée, viser les ailes de saison allège la facture des vols et des locations. Notre article sur comment se rendre en Sardaigne pas cher réunit les astuces de traversée. Prochaine étape : choisir un secteur, réserver un guide pour les treks engagés, et bloquer vos dates entre avril et juin ou en septembre pour marcher au frais.
